Grève contre la vie chère, et grève pour la survie...
Bonsoir,
Comme vous le savez, une grève dite "contre la vie chère", conduite par le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon, paralyse le département depuis plus de deux semaines. À la veille de la fin de ce conflit, qui confronte syndicats, patronat et État, la population guadeloupéenne semble avoir oublié qu'ont lieu, en simultané, plusieurs mouvements. Le collectif LKP est présenté comme celui ayant été capable de proposer une plate forme de revendications, et de les faire accepter, résolvant ainsi tous les problèmes présents en Guadeloupe.
Mais, jetons un coup d'oeil un peu plus rigoureux sur la situation...
En effet, depuis le 20 janvier, le personnel de l'enseignement supérieur en Guadeloupe est également en grève, non pas contre la vie chère, mais contre la réforme statutaire des enseignants-chercheurs puisque les 19 281 d'entre-eux des vingt universités devenues autonomes le 1er janvier 2009 auraient perdu, à cette date, leur statut de fonctionnaire public d'État.
Un mail, circulant sur certaines listes de diffusion, explique ainsi que "Le ministère vient de diffuser une lettre aux présidents d'université passées aux compétences élargies que les personnels de ces universités sont depuis le 20 janvier sortis de la fonction publique d'État. Ils ne bénéficieront donc plus de l'aide sociale qui en résultait."
Cette conséquence est expliquée comme étant celle du fait qu'en vertu du passage aux compétences élargies, ces personnels ne sont plus directement rémunérés sur le budget de l'État et qu'ils ne peuvent donc pas bénéficier des revenus issus de ce crédit, explique le quotidien. Il se fait également la voix des syndicats, et conclut en relatant l'annonce de la ministre de rendre obligatoire pour trois ans encore, le financement des prestations sociales par le ministère de la fonction publique.
Le Monde, toujours, ainsi que Libération rapportent également la voix de neuf universités demandant le retrait des réformes. Ces universités, auxquelles il faut ajouter l'Institut national des langues et civilisations orientales, ont appelées "les deux ministres de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur et de la recherche, à retirer tous les projets de réformes controversés", afin de négocier le processus de réforme avec l'ensemble de la communauté universitaire. Peu après cet appel, et suite à une forte mobilisation le jeudi 5 février de plus de 50 000 personnes sur tout le territoire, la ministre Valérie Pécresse a nommé une médiatrice, Claire Bazy-Melaurie, pour "prolonger" la "concertation" sur la réforme statutaire, en tenant compte des spécificités de chaque université. Le Monde relate également le lapsus énoncé par la ministre, qui affirmait sur France Info que la réforme n'entrerait en vigueur qu'à la rentrée...2010 ! Un rectificatif est adressée par la fautive à l'AFP dans les minutes suivantes. Lors de cette même émission où sa langue s'est déliée, elle a également affirmée que les neufs présidents étaient "depuis toujours des adversaires de la loi sur l'autonomie des universités."
Alors, avec tout ce battage en métropole, qu'en est il à l'UAG ?
Eh bien, la moindre chose que l'on peut dire, c'est que depuis le début, le mouvement est très suivi de la part du personnel enseignant. Même si les étudiants restent peu mobilisés, les revendications sont fermes de la part de ceux qui soutiennent le mouvement national, les plus intransigeantes étant le retrait des projets de réforme et la reconnaissance d'un vrai statut étudiant. Dans un communiqué, le nouveau président de l'UAG récemment élu exprime son soutien à ce moment. De plus, les assemblées générales sont régulières, toujours animées de débats non seulement sur l'université, mais aussi plus généralement sur la société, puisqu'il est évident qu'en tant que membre de celle-ci, nous la façonnons, dune part, et d'autre part, c'est elle qui nous conditionne aussi.
L'enjeu est en effet particulier : l'université des Antilles et de la Guyane est dispersée sur trois campus, chacun sur un territoire différent. La loi d'autonomie paraît difficile à mettre en application puisque chaque campus est déjà en partie indépendant de son voisin, et que la construction en un ensemble cohérent est déjà un défi, avant même que chaque partie ait à chercher ses propres financements locaux. La communication entre ses pôles est plutôt lente, et il est vrai que si chacun d'eux avait une autonomie décisionnelle plus importante, cela rendrait plus agréable la vie sur les différents campus. En même temps, cela ne créerait-il pas de plus grands déséquilibres, scindant la cohésion entre établissements, affaiblissant encore plus notre université, déjà parmi les plus fragiles du pays ?
Et tout particulièrement, dans ses espaces les plus reculés ?
Sur le "campus" de Saint-Claude, la vie étudiante tourne au ralentit. Séparés de Fouillole, nous souffrons de la distance, au sein des distances déjà conséquentes. Il est évident que si nous nous affranchissions de notre dépendance vis à vis de la Martinique, nous n'aurions de comptes à rendre qu'à au campus de Fouillole.
Pourtant, c'est avec celui de la Martinique que nous avons le plus de liens, du point de vue des formations. Le passage à l'autonomie doit il s'accompagner d'une redistribution géographique des filières ? Le peu de moyens, déjà éparpillés, ne pourrait il pas être réduit si on regroupait par compétences les différentes voies empruntables à l'UAG ? Pourquoi les historiens des institutions sont ils séparés à la fois des historiens, et des juristes ? Pourquoi les premières années de langues sont ils formés loin de leurs compères de deuxième année ? Que fait une licence de lettres modernes en un endroit différent que le master ?
Ce sont ces questions qu'il faut poser, afin d'optimiser nos possibilités, et nos portes de sortie. Il faut le faire tant que rien n'est vraiment en place, afin que les dérangements soit minimes.
Il est temps de faire cette université, portée par des pôles d'excellence, et non des petits bastions d'influence politique, qui sacrifient le potentiel estudiantin, au profit du prestige de quelques uns.
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